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Vero, le « nouveau » réseau social aux multiples zones d’ombre

le 1 mars 2018

Un réseau social basé sur la catégorisation

En termes de couleurs, l’application reprend majoritairement les couleurs de son logo : un fond noir et de fins traits majoritairement bleus pour délimiter les différentes catégories. À l’ouverture de l’app, le fil d’actualité se présente directement, comme c’est le cas sur Facebook ou Instagram. Pour créer un post, il suffit de cliquer sur le bouton « + » en bas au centre de l’écran. Néanmoins, chaque post doit contenir une pièce jointe (un lien, une image…) : il n’est pas possible de mettre en ligne un simple message texte. Un premier point intéressant puisqu’il est certain que les messages accompagnés d’un autre type de contenu multimédia sont plus susceptibles de générer de l’engagement qu’un texte. De fait, Vero démontre directement qu’il souhaite favoriser l’engagement autour du contenu que vous mettez en ligne. Présentant une interface plutôt épurée, le réseau social se divise en cinq catégories, sans compter le fil d’actualité : la recherche, l’espace personnel (votre profil), les collections, les notifications et les messages privés. La catégorie « Recherche » permet d’avoir accès à plusieurs contenus : de l’actualité populaire sur le réseau, des hashtags, des produits, des utilisateurs et des profils mis en avant par les éditeurs.

La catégorie « Collection » est particulièrement intéressante puisqu’elle recouvre elle-même des sous-catégories : les photos et vidéos, les liens, la musique, les films et émissions de télévision, les livres ainsi que les lieux. Là où Facebook propose aussi de recenser ces informations, Vero a le mérite de les rassembler au même endroit de façon à ce qu’il soit plus facile de les trouver. Proposer ce type d’interface est aussi un point attrayant pour les créateurs de contenu et les influenceurs puisqu’elle rassemble la majeure partie de leur partie de leurs centres d’intérêt.

Concernant les contacts, il est possible de sélectionner un critère parmi quatre différents niveaux de relation : amis proches, amis, connaissances, abonnés. D’ailleurs, le réseau social propose aussi de suivre des utilisateurs sans que vous ayez besoin de les avoir dans vos relations. Le principe est similaire à celui d’Instagram et de Twitter. À chaque post, Vero permet de choisir qui peut voir la publication. L’avatar est aussi sujet à ce choix puisque vous pouvez choisir une photo différente selon le niveau de relation. Une fois de plus, le réseau simplifie la fonctionnalité « Qui peut voir ça ? » déjà largement engagée par Facebook. Ce dernier propose de rendre une publication accessible à tous, à ses amis, ou alors à des amis en particulier qui faut nommer. Il est aussi possible de choisir parmi une liste de relations professionnelles ou familiales. Vero vient simplifier le processus en proposant seulement quatre différents degrés de relation et droit de regards sur vos posts.

Un réseau social aux multiples promesses

Outre l’interface utilisateur, Vero possède trois particularités à noter : son émancipation des algorithmes, son absence de publicité et sa façon de protéger les données personnelles de ses utilisateurs. Chacun de ces choix sont expliqués dans le manifeste de l’entreprise, qui y exprime là ses valeurs et son positionnement, ainsi que son business model. Concernant ce dernier, Vero explique dans son texte que le premier million d’utilisateurs du réseau bénéficiera d’un abonnement gratuit à vie. Pour les suivants, il faudra donc payer une somme inconnue, mais que CNBC qualifiait en 2017 de « quelques cafés » par an. L’absence de publicité si rémunératrice est aussi remplacée par un magasin en ligne, présent dans la fameuse catégorie « Recherche ». Il permet de trouver des produits et de les acheter directement via l’application. Pour y faire figurer leur produit, les commerçants devront donc rémunérer l’application.

Pour ce qui est de l’ordre des publications, Vero les affiche simplement par ordre chronologique dans votre fil, et non selon la résultante de certains algorithmes, comme le font tous les autres réseaux sociaux en vigueur. En faisant un choix tranché, la plateforme marque une fois de plus sa volonté de ne pas mettre en avant certains contenus, mais aussi celle de laisser le choix à ses utilisateurs. Cela peut aussi être un point intéressant pour les créateurs de contenu et les influenceurs, dont les vues et l’engagement ont été largement amoindris par les changements d’algorithmes de Facebook, YouTube et Instagram ces dernières années.

À propos des données personnelles, Vero se targue de n’en récolter aucune, si ce n’est celles qui lui sont vraiment utiles. Le réseau social demande par exemple votre numéro de téléphone en raison du fait que cela permet d’authentifier votre compte et d’envoyer une alerte aux utilisateurs qui ont votre numéro de téléphone pour leur dire que vous êtes présent la plateforme. Grâce à celui-ci, les utilisateurs ayant reçu une alerte peuvent vous envoyer une demande de connexion, et vice-versa. Néanmoins, il n’est pas possible de modifier son numéro de téléphone après l’avoir ajouté dans les paramètres d’inscription, ce qui veut dire qu’il est définitivement inscrit. Si la pratique n’inquiète plus tant elle est banalisée, elle est tout de même similaire en tout point à celle de Facebook, qui récolte les numéros de téléphone pour le même usage. Difficile de se différencier lorsque la pratique est la même, donc.

Concernant les autres données, le réseau social laisse planer une zone d’opacité devant certains termes. Bien que sa vidéo fasse l’apologie d’un réseau social blanc comme neige qui laisse le choix à l’utilisateur, les conditions d’utilisation ne sont pas aussi tranchées que cela sur le sujet. Vero explique faire une collecte de données « réduite » et basée uniquement sur la nécessité de faire fonctionner sa plateforme. Seulement, il est aussi précisé que l’application a tous les droits de « conserver tout message envoyé à travers le service ». Ces droits sont évidemment irrévocables, ce qui signifie que l’entreprise possède toujours votre inscription même si vous faites le choix de vous désinscrire. Exit le droit à l’oubli. Quant aux données de connexion, soit l’adresse IP, le nombre de pages vues et les informations sur le mobile utilisé, Le Monde précise qu’elles sont anonymes mais « automatiquement collectées ». Et autant dire qu’il est difficile d’imaginer Vero laisser ces précieuses données moisir dans un coin plutôt que de les utiliser à des fins marketing. À ce titre justement, les conditions générales explicitent qu’elles pourront être exploitées pour « personnaliser les contenus et informations » et « des services publicitaires externes ». Difficile à croire pour un réseau social qui prétend ne pas utiliser d’algorithmes pour personnaliser ses contenus !

De plus, le processus de désinscription ne s’annonce pas de tout repos puisque le réseau annonce que la demande n’est pas automatique, mais qu’il faut d’abord qu’elle soit étudiée et approuvée après l’envoi d’une requête.

 

Source :  Siècle Digital

Article rédigé par Louise Million  - @louisemillion - le 28/02/2018

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