L’événement Médias en Seine, auquel Profile a assisté le 15 janvier dernier, a donné à voir un paysage médiatique en pleine mutation, traversé par les mêmes tensions : défiance du public, fatigue informationnelle, désinformation et transformation des usages. Plusieurs conférences ont permis de mettre en perspective ces évolutions, notamment à travers les résultats du baromètre La Croix  sur la confiance des Français dans les médias.

Une relation à l’actualité sous tension

Premier enseignement fort : le recul de l’intérêt pour l’actualité en 2025. Une forme de saturation informationnelle s’installe durablement. Les personnes interrogées expriment une lassitude face au traitement conflictuel de l’information, au sensationnalisme et au “clash permanent”. Les attentes sont pourtant simples : des faits, de la clarté, du contexte, de la compréhension. Moins de bruit, plus de sens.

En parallèle, les usages évoluent rapidement. 42 % des sondés déclarent s’informer via des créateurs de contenus ou des influenceurs. Mais un chiffre marque particulièrement les esprits : 41 % utilisent l’IA pour s’informer, avec ChatGPT en tête.

Cette évolution pose un défi majeur aux médias traditionnels. Comme le soulignait un article des Échos  signé Marina Alcaraz  dédié au baromètre : « Cette irruption de l’IA dans l’information peut devenir une menace pour nombre de médias traditionnels ».

Autre signal fort : le sentiment de déconnexion entre journalistes et citoyens.
Une majorité des personnes interrogées perçoit les journalistes comme privilégiés et éloignés des préoccupations du quotidien. En creux, cela explique l’attachement persistant à la presse régionale, perçue comme plus proche des réalités locales et plus utile sur l’essentiel de l’actualité.

Face à la désinformation, le fact-checking comme pilier de la reconquête de la confiance

La question de la désinformation a traversé l’ensemble des conférences.
Plus des trois quarts des Français se disent inquiets de l’impact des fausses informations issues d’ingérences étrangères. 60 % expriment également une anxiété particulière à l’approche des élections municipales.

Parmi les pistes évoquées :

  • le renforcement du fact-checking,
  • et le projet de labellisation des médias en ligne, permettant d’identifier les médias respectant la déontologie journalistique.

Deux acteurs majeurs ont détaillé leurs dispositifs.

  1. Franceinfo : le fact-checking au cœur de l’éditorial

Pour la radio Franceinfo, la vérification de l’information n’est pas périphérique, elle est intégrée au cœur du projet éditorial. Deux dispositifs structurent cette stratégie :

  • une agence de vérification de l’information au sein de Radio France,
  • une émission dédiée : “Le vrai ou faux”.

Une cellule spécifique est même consacrée à la vérification des déclarations de certaines figures politiques internationales, tant le flux d’informations trompeuses est massif et continu. Au-delà de l’enjeu journalistique, un point est également ressorti : l’impact psychologique  sur les équipes.

Une phrase résume la philosophie défendue : « La meilleure façon de lutter contre la désinformation, c’est de faire de l’information, tout simplement. »

  1. AFP : le fact-checking à grande échelle

À l’AFP, 140 journalistes sur 1 800 sont mobilisés sur le fact-checking.
Bien que l’agence soit un média BtoB, ses vérifications sont rendues accessibles au grand public, notamment via les plateformes sociales.

Le travail se concentre en priorité sur les breaking news et les grands événements internationaux (conflits, sommets, crises géopolitiques), désormais systématiquement accompagnés de vagues de fake news, de montages vidéos et de théories complotistes.

Autres réalités évoquées :

  • les campagnes de désinformation industrielles,
  • la surcharge mentale des équipes,
  • et un phénomène de plus en plus préoccupant : le cyberharcèlement des journalistes, avec exposition de leur identité sur les réseaux sociaux.

Au final, Médias en Seine a mis en lumière un paradoxe : jamais l’information n’a été aussi accessible, et pourtant la confiance n’a jamais été aussi fragile.
Entre fatigue informationnelle, essor de l’IA, désinformation massive et mutation des usages, les médias sont confrontés à un défi structurel, pas conjoncturel.

Dans ce contexte, le fact-checking, la proximité territoriale, la clarté éditoriale et la crédibilité ne sont plus des options : ce sont les piliers de la survie de l’information de qualité.