Longtemps cantonnée aux temps forts institutionnels ou aux crises majeures, la prise de parole des dirigeant.e.s est devenue un levier central de crédibilité, d’influence et de confiance. Dans un contexte de défiance généralisée envers la parole politique et les figures traditionnelles d’autorité, les chefs d’entreprise s’imposent désormais comme des acteurs audibles — et attendus — dans l’espace public.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le baromètre de la confiance politique OpinionWay / Sciences Po[1], 74 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans la politique et 83 % estiment que les responsables politiques sont déconnectés des préoccupations des citoyens. À l’inverse, la confiance accordée aux entreprises reste élevée : 76 % pour les PME, 51 % pour les grandes entreprises publiques et 48 % pour les grandes entreprises privées. Dans ce paysage, la parole des dirigeant.e.s gagne en légitimité là où d’autres voix s’essoufflent…

Un virage « tous terrains »

Cette évolution s’accompagne d’un profond changement des modes d’expression. Les dirigeant.e.s ne parlent plus seulement dans les médias traditionnels : ils investissent l’ensemble de l’écosystème médiatique, des matinales aux formats Youtube, des tribunes aux podcasts, jusqu’aux réseaux sociaux où leurs messages sont repris, amplifiés et parfois réutilisés par les médias eux-mêmes.

Cette prise de parole « tous terrains » n’est plus accessoire. Elle conditionne la réputation et l’influence d’une entreprise dans un environnement informationnel fragmenté, où l’actualité circule en continu et où chaque déclaration peut faire événement. Le dirigeant devient un média à part entière : observé, commenté, challengé.

Autrefois exceptionnelles, ces prises de position s’inscrivent aujourd’hui pleinement dans le débat public. Elles influencent l’opinion, bousculent les pouvoirs publics et participent à créer l’actualité.

Le dirigeant, figure incarnée et attendue

Parallèlement, les réseaux sociaux — LinkedIn en tête — offrent aux dirigeant.e.s une scène directe pour incarner les valeurs de leur entreprise. D’autant que, selon Sandrine Chauvin, directrice de la rédaction internationale de LinkedIn News, les publications de dirigeants génèrent huit fois plus d’impressions et quatre fois plus d’engagement que les autres[2]. Des chiffres qui révèlent une attente forte des publics pour une parole incarnée : là où la communication institutionnelle peut susciter la méfiance, la voix du dirigeant réduit la distance et réintroduit de l’humain.

Ce phénomène s’inscrit dans une transformation plus large du rapport à l’information. Dans un monde saturé de contenus, le silence devient suspect : l’absence de parole est désormais interprétée comme un retrait, voire une opacité. Comme l’écrit la sociologue Céline Bryon-Portet dans La culture du secret et ses enjeux dans la société de communication, « l’essor des technologies de l’information a sonné le glas du secret, au profit d’un droit à l’information ». La communication dirigeant s’inscrit pleinement dans ce mouvement : plus incarnée, plus exposée, mais aussi plus stratégique.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de prendre la parole, mais de le faire de manière structurée, cohérente et maîtrisée. Une communication dirigeant réussie permet non seulement d’exister durablement dans le débat public, mais aussi de renforcer la confiance, d’attirer les talents et de donner du sens à l’action de l’entreprise. Un enjeu devenu incontournable.

[1]Baromètre de la confiance politique (Février 2025) réalisé par OpinionWay pour Sciences Po

[2]https://www.influencia.net/les-posts-de-dirigeants-generent-huit-fois-plus-dimpressions-et-quatre-fois-plus-dengagement-que-les-autres-sandrine-chauvin-linkedin/.